Accompagnante périnatale : traverser la dépression post-partum et le burn-out maternel
Audrey, accompagnante périnatale, raconte sa dépression post-partum, son burn-out maternel et les violences obstétricales. Ce qu'elle a appris et comment elle accompagne aujourd'hui les mères.
GUEST BLOG
Audrey Loinard & Nara
5/30/20266 min read


Audrey, accompagnante périnatale : "On m'avait brisée. J'ai reconstruit."
Chez Nara, on croit que les voix les plus précieuses sont celles des femmes qui ont traversé ce qu'elles accompagnent. Audrey est de celles-là.
Accompagnante périnatale, experte en santé émotionnelle maternelle et monitrice de portage certifiée, elle a construit son activité à partir de son propre parcours : trois naissances, une dépression post-partum, un burn-out maternel, et des violences obstétricales. Aujourd'hui, elle accompagne les femmes là où le système les laisse souvent seules.
On lui a posé quelques questions. Elle a répondu avec une honnêteté rare.
Audrey, tu te présentes comme accompagnante périnatale, mais ton parcours, c'est d'abord celui d'une mère. Est-ce que tu peux nous raconter ce qui t'a amenée là ?
Je ne suis pas arrivée ici par hasard. Je suis arrivée ici parce que, moi aussi, j'ai été cette mère. Celle qui doute. Celle qui cherche. Celle qui sent que "quelque chose cloche"… sans réussir à mettre des mots dessus.
Mes grossesses, mes post-partum, mes propres tempêtes émotionnelles m'ont confrontée à une réalité qu'on nomme très peu : devenir mère, c'est aussi une traversée intérieure immense. Et dans cette traversée, j'ai vu à quel point on pouvait être seule, peu ou mal soutenue, même entourée.
Tu parles d'une traversée intérieure. Qu'est-ce que ça a concrètement voulu dire pour toi ?
Mon premier post-partum a été un choc. J'avais vécu une grossesse presque idyllique. Et puis il y a eu l'accouchement, intense, puissant, mais sans aucun espace pour déposer ce que je venais de vivre. Et ensuite, le post-partum. L'écart entre ce que j'avais imaginé et ce que je vivais était immense.
Un bébé qui pleure des heures. Un corps que je ne reconnaissais plus. Une peur de mal faire écrasante. Une solitude immense. On nous fait croire que le lien avec son bébé se crée instantanément… mais en réalité, c'est la rencontre de deux inconnus. Une mère qui découvre son bébé. Un bébé qui découvre sa mère. Et cette rencontre demande du temps.
J'ai traversé une dépression post-partum qui a duré plus d'un an.
Et ça ne s'est pas arrêté là ?
Non. Les années suivantes ont été difficiles. Je m'informais énormément, j'essayais de faire "tout bien". Et pourtant, face à un enfant qui s'affirmait, demandait beaucoup d'attention et s'opposait, j'explosais régulièrement et je m'en voulais de ne pas être la mère disponible et patiente que je voulais être. J'étais dans la culpabilité permanente, la frustration et l'incompréhension.
La naissance de mon deuxième enfant a été plus douce, mais la reprise du travail a été un effondrement. Burn-out maternel. Dépression. Hospitalisation.
Et puis ma troisième grossesse. Et une naissance qui a été une rupture. Malgré mes choix, malgré mes demandes, on m'a retiré toute possibilité d'être actrice de mon accouchement. Césarienne imposée. Consentement non respecté. Violences obstétricales. S'en est suivi un état de stress post-traumatique. Dissociation. Hypervigilance. Peur constante d'être agressée. Perte totale de repères.
On m'avait brisée. Je n'étais plus personne.
Comment tu t'en es sortie ?
Pas grâce au système. Mais parce que j'ai décidé de comprendre : je me suis informée sur le trauma et le système nerveux et formée en neurosciences et développement de l’enfant. J'ai reconstruit morceau par morceau.
Et j'ai compris quelque chose de fondamental : le plus difficile dans la maternité, ce n'est pas tant ce que l'on traverse mais c’est ce qu'il y a autour de cette traversée. Le plus dur, ce n'est pas l'épreuve en elle-même. C'est de ne pas avoir de repères, de douter sans trouver de réponses, et de se sentir seule et démunie. Quand on remet de l'humain, de la compréhension, des outils et de l'espoir, alors tout change. L'épreuve ne disparaît pas, mais elle devient traversable.
Ce que tu as vécu t'a amenée à créer quelque chose. Qu'est-ce qui est né de tout ça ?
En 2022, j'ai créé une association. Avec une intention simple mais essentielle : offrir aux mères et aux couples parentaux ce que moi je n'ai pas eu. Un espace d'écoute réelle. Une information juste. Du soutien sans jugement. Des outils comme le portage pour recréer du lien. Des lieux pour ne plus être seule.
Parce qu'une chose est devenue évidente pour moi : ce ne sont pas les parents qui manquent de compétences, c'est leur environnement qui manque de soutien. Ce ne sont pas les défis parentaux qui sont les plus durs… c'est le sentiment d'être seule, démunie, sans solution et sans soutien pour les traverser.
Mais soutenir une mère ponctuellement, ça soulage. Ça ne transforme pas. Je voyais des femmes repartir apaisées pour un temps… puis se retrouver à nouveau démunies face à la vague suivante. Et là, j'ai compris quelque chose de fondamental : ce dont les mères ont besoin, ce n'est pas seulement de tenir… c'est de se transformer en profondeur.
C'est comme ça que j'ai décidé de développer mon activité en libéral. Avec une autre intention : ne plus seulement accompagner dans l'urgence, mais permettre de changer durablement la manière de vivre la maternité. Aujourd'hui, je propose des accompagnements sur plusieurs semaines : des espaces pour comprendre en profondeur ce qui se joue, sortir des schémas de survie, retrouver de la sécurité intérieure, et reconstruire une relation plus apaisée avec son enfant… et avec soi.
L'association, c'est un espace pour être soutenue quand ça déborde. L'accompagnement en libéral, c'est un espace pour ne plus en arriver à déborder sans comprendre pourquoi.
Qu'est-ce que tu observes, concrètement, dans ton travail au quotidien ?
Il y a une réalité qui revient constamment : beaucoup de femmes ne se sentent ni entendues, ni respectées, ni préparées. Que ce soit dans certaines pratiques médicales vécues comme brusques ou imposées, dans le sentiment de dépossession pendant l'accouchement, dans le choc du post-partum (fatigue, solitude, charge mentale, bouleversement identitaire) ou encore dans les défis de la parentalité face aux attentes de la société.
On parle encore trop peu de l'impact émotionnel et nerveux de ces expériences, de ce que les neurosciences appellent la mémoire corporelle. Or on sait aujourd'hui, grâce aux neurosciences et à la théorie de l'attachement, que le vécu de la mère influence directement son sentiment de sécurité et donc la relation avec son bébé.
Mais attention : ce n'est pas une pression supplémentaire à mettre sur les mères. C'est au contraire une invitation à remettre de la conscience et du soutien là où il en manque cruellement. On demande aux mères d'être solides, disponibles, intuitives… mais on les laisse seules, démunies face à ce qu'elles traversent vraiment. Alors que soutenir une mère, c'est soutenir toute une société.
Qu'est-ce que tu veux dire aux femmes qui se reconnaissent dans ce que tu décris ?
Trois choses essentielles:
D'abord : tu n'es pas "trop sensible". Si quelque chose t'a marquée, choquée, ou laissée avec un malaise, c'est valable. Ton ressenti est une information, pas un problème.
Ensuite : ton corps a besoin de sécurité, pas de performance. On attend souvent des mères qu'elles "gèrent". Mais ton système nerveux, lui, a besoin de lenteur, de soutien, de présence. Ce n'est pas en faisant plus que tu iras mieux.
Et enfin : tu n'as pas à traverser ça seule. Rien n'est figé. Même si le début a été difficile, même si tu te sens dépassée aujourd'hui, la relation avec ton enfant se construit dans le temps, pas dans la perfection. La parentalité est un chemin, pas une ligne d'arrivée.
Les mères n'ont pas seulement besoin de tenir. Elles ont besoin d'être comprises, soutenues et outillées en profondeur. Pour ne plus survivre à leur maternité mais pouvoir la vivre pleinement, tout en contribuant à l'épanouissement de leurs enfants. Parce qu’une mère soutenue, c’est un enfant qui grandit dans plus de sécurité, et ça, ça change tout. Pour elle, pour lui, pour le système familial et pour la société toute entière.
Nous remercions chaleureusement Audrey pour sa confiance et son témoignage.
Audrey accompagne les femmes pendant la grossesse, la naissance, le post-partum et les premières années de parentalité. Elle est également monitrice de portage certifiée.
Si son témoignage te parle, tu peux la retrouver sur Instagram @transmettre_avec_bienveillance ou découvrir son programme d'accompagnement ici.
Parlons <3
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